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<title>Taiwan aujourd'hui - 
                    Un éditeur passionné</title>
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<h2>Histoire</h2>
<h3>Un éditeur passionné</h3>
<p><em>Date de publication:1/9/2006<br>
				Auteur:Teng Sue-feng</em></p>
<p><P><STRONG>&gt;&gt; Les cartes traduisent l’imagination par l’homme de mondes encore inconnus. Elles sont aussi les descriptions réalistes d’espaces de vie. Wei Te-wen les lit comme les pages d’un livre d’histoire</STRONG></P>
<P>Depuis trente ans, l'éditeur Wei Te-wen [魏德文]&nbsp;n'a cessé de collecter dans le monde entier, avant de les rassembler pour publication, des documents historiques, des images et des vieilles cartes de Taiwan, afin de donner un visage à quatre siècles d'histoire. Aujourd'hui, grâce à l'émergence d'une conscience identitaire, les travaux sur Taiwan sont sortis d'une relative obscurité pour gagner en importance, et c'est pour beaucoup à Wei Te-wen que l'on doit cette évolution. </P>
<P>Dans une petite ruelle parallèle à l'avenue Xinsheng sud, en face de l'entrée principale de l'Université nationale de Taiwan, une modeste enseigne annonce la maison d'édition SMC Publishing. C'est dans cet espace restreint – 35 m<sup>2</sup> ouverts au public qu'est installée une librairie spécialisée sur l'histoire de l'île. </P>
<P>Là, sont présentés des livres sur les tribus aborigènes, l'histoire et la géographie, l'anthropologie, la médecine et la botanique de l'île. Depuis des années, c'est un important portail culturel pour les chercheurs du monde qui tentent de comprendre l'histoire de Taiwan et viennent ici enquêter sur le terrain. Wei Te-wen a fait sa passion de la collecte et de la publication des livres et documents consacrés à Taiwan. Un recueil intitulé <I>Taiwan Studies General Bibliography </I>, qu'il compile et envoie gratuitement chaque année à ses clients, présente l'ensemble des travaux publiés sur l'île et réalisés en chinois, en japonais ou en anglais. La brochure est si complète que depuis 1999, la Bibliothèque du Congrès américain confie à l'éditeur le soin de choisir ses titres sur Taiwan, avec un budget annuel de 25 000 dollars américains pour les acheter. </P>
<P><STRONG>Une opportunité pour la recherche </STRONG><BR>A 62 ans, Wei Te-wen, diplômé de l'Ecole de pharmacie de l'université médicale de Taipei, doit sa reconversion du monde des sciences dans celui de l'édition à l'expérience professionnelle qu'il a acquise tout en étudiant. Comme ses cours ont lieu le soir, il travaille le jour à l'Association pour les études asiatiques alors située dans l'avenue Renai. Le fondateur de l'association, le célèbre sinologue américain John Fairbank, de l'Université Harvard aux Etats-Unis, se rendait souvent à Taiwan pour y faire ses recherches. Dans les années de la Révolution culturelle, la Chine étant coupée du monde extérieur, Taiwan était alors la seule porte ouverte sur le monde chinois. Ce passage au sein de l'association incite Wei Te-wen à étudier les textes classiques antiques et réveille son enthousiasme pour l'Asie, la Chine, et plus particulièrement, Taiwan. </P>
<P>Diplômé, il est employé pendant trois ans dans une usine pharmaceutique étrangère mais sent alors que, quoi qu'il fasse, aucune carrière dans le domaine médical ne lui ouvrira les mêmes horizons que l'édition. </P>
<P>Décidant de se reconvertir, il crée en 1976 SMC Publishing et définit pour cette maison d'édition une ligne double dans la recherche à la fois sur la Chine et sur Taiwan. La publication inaugurale de SMC, le <I>Rapport d'enquête sur les aborigènes de Taiwan </I>, est la réimpression d'un document en 30 volumes produit par l'office des Publications du gouverneur général de Taiwan durant l'époque coloniale japonaise. </P>
<P><I>« Au début, la compréhension que les Chinois avaient des aborigènes et leurs contacts avec eux étaient limités. Ce n'est qu'à l'arrivée des Japonais que de vastes enquêtes de terrain ont été menées », </I>raconte Wei Te-wen. A l'époque, un chercheur américain écrit même une thèse sur Taiwan en travaillant à partir de ce document japonais. </P>
<P>Dans la seconde décennie de son existence, SMC commence aussi à s'intéresser à des livres sur l'île rédigés par des Taiwanais. Parmi eux, l'on peut citer une <I>Enquête ethnologique chez les Thao du lac du Soleil et de la Lune, </I>des ouvrages de psychologie <I>, </I>des descriptifs de visites au musée de Taiwan, ainsi que des titres, entre autres, décrivant la beauté de la petite ville de Chiufen ou relatant l'histoire des chemins de fer. </P>
<P><STRONG>Un livre de rêve </STRONG><BR>Mais le long travail de défrichage pour créer un fond documentaire est un processus parsemé d'embûches. Pour un livre sur les coutumes vestimentaires des immigrants chinois à Taiwan, le comité éditorial s'est rendu dans la demeure ancestrale de la famille Lin à Wufeng, dans le district de Taichung, afin d'y collecter des documents illustrés. On apprend par les informations rapportées que les Lin ne reculaient devant aucune dépense pour inviter un artisan maître de Fuzhou à venir vivre chez eux trois mois durant et confectionner, en préparatif d'un mariage familial, de nouveaux vêtements destinés à chacun des membres de la famille. Voici un exemple de la façon dont les immigrants à Taiwan ont préservé avec soin la culture <I>minnan, </I>c'est-à-dire du sud du Fujian. </P>
<P>Mais Wei Te-wen a découvert que tout au long de l'évolution de la culture des Plaines centrales de la Chine, le Fujian et le Guangdong ont toujours été considérés comme des provinces frontalières et leurs cultures secondaires. La publication d'un ouvrage sur les costumes traditionnels à Taiwan <I></I>a poussé l'éditeur à s'interroger : qu'est-ce qui fait la spécificité de la culture taiwanaise ? </P>
<P><I>« Il a été démontré que les aborigènes de Taiwan appartiennent au monde austronésien qui s'étend dans le Sud-Est asiatique et dans le Pacifique Sud </I>, explique-t-il <I>. Les aborigènes représentent quelque chose d'unique dans la culture insulaire. » </I></P>
<P>Il n'y a pas si longtemps encore, leur culture se heurtait à l'indifférence. Wei Te-wen a donc invité Saalih Lee [李莎莉], l'ancienne directrice des expositions au musée national du Palais, à Taipei, à produire un ouvrage sur les traditions vestimentaires chez les aborigènes de Taiwan. Cela s'est avéré une tâche ardue, la culture aborigène n'ayant fait l'objet que de très peu d'observations ou de consignations par écrit. Obtenir des documents ou photographier des pièces s'est révélé beaucoup plus difficile que prévu. </P>
<P>En 1996, Wei Te-wen découvre au Japon, chez un vieux bouquiniste, un exemplaire de l' <I>Atlas Chinensis </I>écrit par un Hollandais en 1671. Dans ce livre figurent six gravures sur cuivre représentant des aborigènes de Taiwan, qui le plongent dans un prodigieux étonnement. Il devait probablement s'agir de la plus ancienne illustration connue concernant des aborigènes de Taiwan. </P>
<P>Pour acquérir ce livre unique, Wei Te-wen propose environ 70 000 à 80 000 dollars taiwanais. Mais ce n'est pas suffisant. Il convainc alors le libraire de le laisser partir avec le livre, promettant de payer le complément une fois rentré à Taiwan. </P> 
<P>En 1998, SMC a publié <I>Culture of Clothing Among Taiwan Aborigines </I><I>Tradition – Meaning – Images (Culture vestimentaire chez les aborigènes de Taiwan: traditions, significations, images). </I>Après avoir remué ciel et terre et grâce à la participation de nombreux collaborateurs, le livre est passé de l'état de projet à celui d'un ouvrage abouti : vingt ans de travail, plus de 400 pages, pour présenter 335 modèles de vêtements aborigènes et 460 photos ou illustrations. Vendu au prix de 3 000 dollars taiwanais, c'est le premier livre du genre publié à Taiwan. Y sont non seulement détaillées les traditions vestimentaires aborigènes, mais la culture qui a prévalu lors de la confection de ces vêtements, ainsi que leur signification sociale, y est également explorée. En un rien de temps, le livre a obtenu en 1999 trois Tripodes d'or : ceux du meilleur livre, de la meilleure publication artistique et de l'ouvrage recommandé. </P>
<P><STRONG>Sur les traces de l'histoire </STRONG><BR>Son intérêt et son rapport particulier aux images incitent Wei Te-wen à rappeler modestement sa formation initiale, bien loin de l'histoire et de la géographie, soulignant qu'il n'a de ces domaines qu'une compréhension imparfaite. <I>« Parfois, l'histoire écrite est trop abstraite. Si elle s'accompagne d'images, elle peut être plus réelle, plus accessible. Les historiens ont l'habitude de dire : “ les images à gauche, l'histoire à droite ”, une formule qui signifie que les éléments se complètent. » </I></P>
<P>En 1990, à Hongkong, dans un magasin spécialisé dans la cartographie ancienne, Wei Te-wen a déniché une carte sur laquelle apparaît une inscription distincte en trois mots : <I>Tchou Tchan Che </I>, c'est-à-dire la transcription du nom d'une localité aujourd'hui devenue la ville de Hsinchu. </P>
<P>Pour Wei Te-wen, né dans le village hakka de Kuanhsi, dans le district de Hsinchu, <I>« c'était comme rencontrer un parent proche en terre étrangère. J'étais très impatient de la ramener à la maison. » </I>A compter de ce jour, il s'est mis à collectionner les cartes anciennes de Taiwan. Il en possède aujourd'hui plus d'un millier, la plus vieille représentant l'Asie orientale et ayant été dressée en 1554 par un Portugais. </P>
<P>De collectionneur de plans à pionnier de l'édition cartographique, il n'y avait qu'un pas. C'est aussi tout naturellement qu'il a été invité à organiser une exposition exceptionnelle de cartes anciennes. Voilà un parcours que Wei Te-wen n'aurait jamais imaginé. </P>
<P>Il y a dix-sept ans, M. Weiss, un marchand de livres belge qui possède dans sa collection un grand nombre de vieilles cartes de Taiwan, a envoyé son fils dans l'île pour y étudier le chinois. De fil en aiguille, il a été amené à rencontrer le collectionneur, et s'est alors produit un déclic. </P>
<P>Ces vieilles cartes de Taiwan dessinées par les Européens font briller les yeux de Wei Te-wen. <I>« Nous avions toujours vu Taiwan par le biais de la culture chinoise, sans jamais penser qu'il était aussi possible de la percevoir via les fonds historiques occidentaux », </I>note-t-il. </P>
<P>Au XVI<sup>e</sup> s., l'Europe entre dans l'ère des grands voyages et étend sa puissance maritime. Les Portugais envoient des expéditions en Afrique de l'Est, en Inde et aux Moluques, en Indonésie. Ils traduisent en mots et en illustrations ce qu'ils découvrent le long des nouvelles routes maritimes. Ils passent par le Japon, Macao et finalement au large de Taiwan. </P>
<P>Avant cela, bien que les récits historiques de la dynastie Song (X <sup>e</sup> -XIII<sup>e</sup> s.) mentionnent une terre appelée <I>Pisheye </I>, on ne sait pas à l'heure actuelle s'il s'agit ou non de Taiwan. En revanche, il est clair que l'information illustrée aux mains des Européens à l'époque est bien plus fournie que celle détenue par la dynastie Ming. </P>
<P><STRONG>La fièvre des vieilles cartes </STRONG><BR>En 1991, SMC publie en collaboration avec un éditeur belge <I>L </I>' <I>Authentique histoire de Taiwan (The Authentic Story of Taiwan) </I>. L'ouvrage inclut quatre-vingts cartes dessinées par des Européens entre le XVI<sup>e</sup> et le XVIII<sup>e</sup> s. De floues, les cartes se font plus précises au fil des pages, tandis que le cadre du monde est resserré à l'Asie puis, au sud-est des côtes chinoises, sur l'île de Formose, conférant aux contours de l'île une netteté croissante. L'ouvrage bilingue, en chinois et en anglais, est accompagné des commentaires et des éclairages des historiens taiwanais Wu Mi-cha [吳密察]&nbsp;et Hsu Hsueh-chi [許雪姬]. </P>
<P>Cette magnifique publication sans précédent valut à Wei Te-wen de gagner en 1999 le 1<sup>er</sup> Prix de l'Association des archives de Taiwan, au titre du meilleur ouvrage documentaire. En 2004, l'éditeur est récompensé d'un Tripode d'or pour l'ensemble de sa carrière. Ces dernières années, il a été invité à officier comme commissaire de plusieurs expositions. Parmi elles, <I>Portraits urbains – A travers l'espace et le temps </I>, organisée par la municipalité de Taipei à l'occasion du cent vingtième anniversaire de la ville, ainsi qu'une exposition du ministère de la Culture organisée au Centre culturel de Taipei à Paris, <I>Formose sous le regard des Européens </I>, ou encore celle du parc national de Yangmingshan : <I>Quatre cents ans de Yangmingshan </I>. </P>
<P>L'an dernier, l'éditeur a fourni plus du tiers des trois cents cartes figurant dans le cadre de l'exposition <I>Taiwan en cartes </I>au Musée national de Taiwan. Wei Te-wen rappelle, il y a plus de mille ans, l'introduction en Europe par les Arabes des épices venues d'Asie du Sud-Est ; à cette époque, un grain de poivre valait son pesant d'or. Les Européens décident alors d'aller chercher eux-mêmes leurs épices, et au XIII<sup>e</sup> s. a lieu le voyage de Marco Polo en Chine par la route de la soie. Son récit fait mention de l'usage de l'or dans la construction des magnifiques palais impériaux chinois et alimente dès lors chez les Occidentaux un insatiable désir d'Orient. </P>
<P>Plusieurs milliers de cartes de l'Asie ont été dressées par les Européens aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> s. à des fins coloniales et commerciales. Les cartes du XIX<sup>e</sup> s. réalisées par les zoologues, les botanistes et les ingénieurs miniers constituent elles aussi un fond important. </P>
<P>En mars 2006, SMC et le bureau des projets du musée national d'Histoire de Taiwan ont publié <I>Formosa, the NMTH Collection of Western Maps Relating to Taiwan, XVI<sup>e</sup> s.-XIX<sup>e</sup>s. (Formose, collection de cartes occidentales du musée national d'Histoire de Taiwan, XVI<sup>e</sup> s.-XIX<sup>e</sup>s. ). </I>L'ouvrage contient 207 cartes anciennes de Taiwan qui seront l'un des points forts des collections du futur musée national d'Histoire de Taiwan qui ouvrira ses portes à Tainan en 2008. </P>
<P>L'ouvrage analyse le cadre historique, les modes d'impression et les techniques d'authentification des cartes anciennes, ainsi que la tactique de collecte cartographique du musée. C'est ainsi que l'on apprend que les marins occidentaux, apercevant Taiwan d'abord de loin, la décrivirent comme « un groupe d'îles », puis avec plus de précision comme « une île » ; on y détaille aussi l'expansion successive depuis la côte ouest vers la partie est de l'île. </P>
<P><STRONG>Leur valeur : leur existence même </STRONG><BR>Aujourd'hui, les recherches sur Taiwan sont des sujets prisés par les maisons d'édition. Pourtant, sur le plan commercial, SMC souffre. <I>« Dans les dix dernières années, les titres sur la Chine publiés à Taiwan ont connu un déclin, tandis que le nombre de publications sur Taiwan a augmenté considérablement : tous les éditeurs se tournent vers ce domaine. Beaucoup de gens se partagent le même bol de riz, et il devient d'autant plus difficile de vendre nos propres publications. » </I></P>
<P>Wei Te-wen convient même, avec une note de pessimisme, que l'avenir sera de plus en plus sombre. Avant, les grandes maisons d'édition réalisaient un premier tirage à 5 000-6 000 exemplaires et pouvaient imprimer un second tirage dans les mois qui suivaient. Aujourd'hui, les premiers tirages sont descendus sous la barre des 2 000 exemplaires, car les acheteurs de livres se font de moins en moins nombreux. </P>
<P>Il remarque que sur les vingt dernières années, les titres qui se sont le mieux vendus sont ceux qui traitent de la phytothérapie grand public, avec des ventes pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, alors que d'un autre côté les ouvrages qu'il considère à la fois de grande valeur et stimulants, comme <I>The Authentic Story of Taiwan (L'histoire authentique de Taiwan) </I>, ont été tirés à seulement 5 000 exemplaires. Dix ans après la sortie du livre, les invendus attendent encore en magasin. </P>
<P><I>« Taiwan n'a pas non plus de culture cartographique. La notion de cartes est étrangère aux Taiwanais, et on a ici une sorte d'analphabétisme cartographique. C'est que la publication des plans de l'île a longtemps été interdite pour des raisons de sécurité nationale. » </I>Mais Wei Te-wen ne se décourage pas. S'il pense qu'un ouvrage peut attirer 100 lecteurs influents, et générer un effet démultiplicateur, peu importe alors que le sujet soit passé de mode ou d'accès difficile : Wei Te-wen le mettra sous presse. Il l'a fait pour un dictionnaire de hakka, un dictionnaire illustré de la langue amis ou un ouvrage de textes sacrés bouddhistes en tibétain. Parce que « <I>leur existence même constitue leur valeur </I>», affirme cet amoureux de Taiwan. ■</P>
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