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<title>Taiwan aujourd'hui - 
                    De la fac au bureau</title>
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<h2>Population</h2>
<h3>De la fac au bureau</h3>
<div class="photo"><img border="0" src="
							public/Data/810221121671.jpg"><p>Le mariage, les enfants, une vie rangée... Des objectifs qui rentrent de moins en moins dans les plans des jeunes Taiwanais.</p>
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<p><em>Date de publication:1/9/2008<br>
				Auteur:Lin Hsin-ching /PHOTOS DE CHUANG KUNG-JU / TAIWAN PANORAMA</em></p>
<p><STRONG>&gt;&gt; A Taiwan comme dans toutes les sociétés industrialisées, le chômage frappe durement les jeunes. L'Etat s’efforce d’y apporter des solutions, mais c’est aussi des principaux intéressés que doit venir la force de faire face à ces nouveaux défis</STRONG> 
<P>Récemment, la question que se posent les jeunes qui entrent sur le marché du travail est la suivante : «<I> Mais pourquoi sommes-nous aussi malchanceux ? Les emplois sont de plus en plus difficiles à trouver, la compétition est de plus en plus dure et les avantages de plus en plus rares ! » </I>
<P>Selon les statistiques gouvernementales, le taux de chômage chez les jeunes entre 15 et 29 ans atteint 7,7%, le double de la moyenne nationale qui s’établit à 3,86%. En revanche, pour ceux âgés entre 30 et 39 ans, le chômage est à 3,18%, ce qui montre qu’avec le temps, les obstacles à l’emploi peuvent être surmontés. Au-delà de ces statistiques, quelle est la réalité des difficultés qu’éprouvent les jeunes à s’insérer dans le monde de l’entreprise ? Quel avenir professionnel les attend et quels moyens ont-ils à leur disposition pour s’en sortir ? 
<P>A 26 ans, mademoiselle Lu a donné sa démission du poste qu’elle occupait dans une agence de recrutement du secteur industriel parce qu’elle était mécontente de ses conditions de travail. Elle n’aurait jamais pensé qu’elle aurait autant de difficultés à retrouver un autre emploi. Elle a envoyé entre 50 et 60 CV et n’a obtenu que quelques vagues propositions. <I>« Je recherchais un emploi de bureau mais les rares entreprises qui ont donné suite m’ont fait passer des entretiens pour des postes de vente directe de produits pharmaceutiques ou de beauté. J’ai tout simplement refusé »,</I> raconte-t-elle. 
<P>Cette jeune femme diplômée de l’Institut Transworld de technologie de Yunlin, qui a fait des études de commerce électronique pense que c’est l’absence de point fort sur son CV qui l’handicape dans sa recherche d’emploi.<I> « J’ai déjà revu mes prétentions à la baisse au point d’accepter un salaire mensuel de 20 000 dollars taiwanais. Tout ce que je désire, c’est trouver un emploi. Cela me déprime de traîner toute la journée à la maison et de faire face aux interrogations de mon père »,</I> déclare-t-elle. 
<P><STRONG>La hausse du chômage chez les jeunes</STRONG> 
<P>Shi Jian-chu [施建矗], le responsable de l’emploi au sein du ministère de la Jeunesse, souligne que le taux de chômage chez les jeunes Taiwanais est comparable avec ceux qu’on observe en Europe ou aux Etats-Unis. Selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chômage chez les 15-24 ans est de 8% au Japon, 10% aux Etats-Unis, 13,5% en Allemagne, 18,9% en Belgique et il dépasse les 20% en Italie et en France. Il est ici de 10,8%, contre 3,86% pour l’ensemble de la population active. Les jeunes de moins de trente ans qui, comme mademoiselle Lu, ont peu d’expérience et se retrouvent sans aucune autre opportunité sur le marché du travail, sont environ 198 000 à Taiwan. <I>« Même si le chômage chez les jeunes Européens est élevé, les pouvoirs publics se sont toujours débrouillés pour le maintenir en dessous du double de la moyenne nationale. Mais à Taiwan, ce n’est pas vraiment le cas. Cela montre la difficulté du système à absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. C’est un gaspillage de ressources humaines, sociales et économiques », </I>regrette Shih Jian-chu. 
<P><STRONG>L’importance de l’éducation</STRONG> 
<P>Le professeur Lin Chu-chia [林祖嘉], qui enseigne l’économie à l’université nationale Chengchi (NCCU), à Taipei, note que les délocalisations ont fortement fait baisser l’offre d’emplois dans l’industrie manufacturière et les hautes technologies. Pour les activités qui se sont maintenues dans l’île, comme dans les services et la finance, les créations d’emplois restent trop faibles du fait notamment des mauvaises performances économiques et de la baisse du pouvoir d’achat. 
<P>Un autre facteur du déséquilibre du marché de l’emploi est à rechercher dans les multiples réformes du système éducatif à partir de 1994. On décida alors de créer plus d’établissements d’enseignement supérieur, ce qui provoqua un afflux de jeunes diplômés sur le marché. En 2007, on comptait plus de 228 000 étudiants diplômés du 1<sup>er</sup> cycle, soit une augmentation de 226% par rapport à il y a 10 ans. Les étudiants étaient 53 000 à avoir obtenu un mastère, soit une hausse 376% sur 10 ans. 
<P>Aujourd’hui, un diplôme de l’enseignement supérieur n’est plus la garantie d’un emploi intéressant et bien payé. Les statistiques gouvernementales montrent aussi que le chômage est plus important chez les titulaires d’une licence (4,51%) que chez ceux diplômés de l’enseignement technique (3,36%), du lycée (4,31%) ou du collège (3,91%). Ceux qui ont suivi des études supérieures sont donc plus durement frappés par le chômage que les autres. 
<P>Kevin Zang [藏聲遠], qui est éditeur en chef du magazine Career, considère que les réformes de l’éducation ont fait exploser le nombre de diplômés alors que le marché est resté ce qu’il était. Ceux qui obtiennent un diplôme dans les universités les plus cotées, dans les filières scientifiques ou en ingénierie, seront toujours capables de trouver rapidement un poste intéressant. Mais ce n’est pas le cas pour ceux qui ont choisi des filières comme les arts, le droit ou les affaires et qui doivent faire face à une compétition accrue, même s’ils viennent des meilleurs établissements. 
<P>En 2007, les statistiques du ministère du Travail montrent néanmoins que le phénomène du chômage chez les mieux diplômés est marginal et doit certainement trouver ses racines dans les exigences des premiers concernés face à l’emploi. 
<P>Les moins bien lotis, et ceux dont la situation est la plus préoccupante, sont les diplômés des universités privées de seconde catégorie. Leur niveau général n’est pas mauvais mais ils manquent de compétences techniques. Ils refusent en outre d’accepter des emplois subalternes sans pour autant être capables de satisfaire aux exigences des postes dont ils rêvent. 
<P><STRONG>La précarisation</STRONG> 
<P>Les diplômés de l’université nourrissent un certain nombre d’attentes quant à leur carrière. Mais à la disparition du mythe de l’emploi à vie se conjugue le refus des employeurs d’investir du temps et de l’argent dans la formation de nouveaux employés, et il faut rajouter la tendance à l’externalisation des tâches non spécialisées – on ne recrute plus que pour des missions bien déterminées et de courte durée. 
<P>Les statistiques gouvernementales montrent que 30% des jeunes chercheurs d’emploi acceptent ces jobs à temps partiel, sur de courtes périodes de temps, dont plus de la moitié concernent des tâches basiques comme le secrétariat ou de la gestion administrative, sans opportunité d’évolution et moins bien payées que la moyenne. Le Syndicat des jeunes travailleurs 95, une organisation qui s’est toujours battue contre la précarisation du travail, souligne également que la plupart des employeurs considèrent ces jeunes comme une main-d’œuvre corvéable à merci dont il est possible de se débarrasser facilement. 
<P>Mais la précarisation du travail est un phénomène mondial, et même au Japon, où le principe de l’emploi à vie a longtemps été la norme, 35% des salariés sont maintenant dans cette situation. Ces emplois précaires représentent surtout un recours facile et peu onéreux pour les employeurs qui ne veulent pas s’embarrasser d’une réglementation sociale trop lourde. Les salariés ayant de l’expérience ne sont pas touchés par ce phénomène, ce qui débouche sur l’apparition d’inégalités entre les générations. 
<P><STRONG>Débuts modestes</STRONG> 
<P>Alors que les offres d’emplois se raréfient, les salaires continuent de baisser pour les jeunes. En 2007, une étude du ministère du travail montrait que le salaire moyen pour un premier emploi se situait à 26 700 dollars taiwanais, alors qu’en 1999, il s’établissait à 27 462 dollars taiwanais. Le prix des matières premières, du pétrole et le coût de la vie ne cessent d’augmenter mais les salaires baissent et les jeunes n’ont d’autre choix que celui de patienter. 
<P>Les premiers salaires sont très peu élevés mais cela ne signifie pas qu’ils le restent. En 2006, le ministère de la Jeunesse a conduit une étude montrant que pour les 12 000 diplômés de l’enseignement technique en 2002 qui avait accumulé une expérience de 2,6 ans, leur revenu annuel total (incluant les heures supplémentaires et les primes annuelles) avait progressé, passant de 27 000 à 35 400 dollars taiwanais en moyenne. Une autre étude du ministère de l’Education montre que la progression des revenus dans les premières années d’activité salariale est de 2 630 dollars taiwanais par an. De telles statistiques sont encourageantes pour les jeunes, qui, s’ils sont travailleurs et patients, sont récompensés par les employeurs. 
<P>Les jeunes continuent pourtant de croire qu’il est difficile de trouver du travail. Il sont de plus en plus nombreux à refuser de quitter l’université et à prolonger leurs études ou préparer les examens d’entrée dans la fonction publique, plutôt que d’affronter le marché du travail. Selon les statistiques du ministère de l’Education, en 2006, ils étaient 23 000, soit 17%, à avoir prolongé leurs études universitaires. 
<P>Une des autres caractéristiques du comportement des jeunes face au travail est celui de l’instabilité. Ces derniers changent trop souvent d’emploi et parfois de branche professionnelle, ce qui ne les aide pas à progresser dans la hiérarchie de l’entreprise et la grille salariale. Selon le ministère du Travail, en 2006, 74% des salariés de moins de 29 ans ont changé de branche professionnelle, au motif qu’ils étaient mal payés et n’avaient aucune opportunité d’évolution. A chaque changement de branche, le salaire baisse en moyenne de 1 400 dollars taiwanais et la perte d’expérience est nuisible pour l’employé comme pour l’employeur. 
<P><STRONG>Comment s’en sortir ?</STRONG> 
<P>Avec un marché aussi compétitif à Taiwan et conscients de la difficulté des jeunes à réussir leur insertion dans le monde de l’entreprise, les pouvoirs publics ont pris un certain nombre d’initiatives. Comme le note Cheng Li-chun, l’ancienne ministre de la Jeunesse, il faut pousser les jeunes à développer une attitude positive face à l’employeur et à cultiver la volonté de se former tout au long de leur vie. Le ministère travaille ainsi avec un certain nombre d’universités, telles que les universités Chungcheng, de la Providence, Dayeh ou encore Takming, sur plusieurs projets destinés à offrir aux étudiants des cours « d’attitude professionnelle ». 
<P>Shih Jian-chu souligne l’importance de l’attitude dans la première recherche d’emploi et appelle les jeunes à faire preuve de flexibilité, à considérer que les premiers emplois, dont les conditions sont loin d’être idéales, représentent une opportunité supplémentaire pour se former et développer des compétences professionnelles. Daphné Huang [黃宇鄉], la directrice de l’agence de recrutement 1111, rappelle que 30% des emplois précaires se transforment en contrats de longue durée pour ceux qui font preuve de persévérance. 
<P>Le ministère de la Jeunesse a également mis sur pied un Projet emploi des jeunes 2008 dont l’objectif est d’aider les 18–29 ans à s’insérer sur le marché du travail. Après 5 ans, le projet rassemble des centaines d’entreprises de tous les secteurs, ainsi que des organisations non gouvernementales qui ont accepté de s’investir dans l’accompagnement de 12 000 jeunes. Entre 60 et 70% d’entre eux ont pu trouver un emploi dans l’entreprise où ils ont effectué un stage tandis que 20% ont signé un contrat de travail ailleurs, ce qui place le taux de réussite du projet à 80–90%. 
<P>Mais les problèmes d’attitude des nouvelles générations restent entiers. Kevin Zang appelle les jeunes à faire preuve de plus de maturité, de discipline. Il leur conseille d’adapter leur comportement face aux clients et aux supérieurs hiérarchiques, et d’apprendre à se créer un réseau. <I>« Une fois le poste obtenu, il est nécessaire d’abandonner l’attitude critique qui prévaut dans les universités. Il faut considérer ses collègues et ses supérieurs comme des personnes susceptibles de vous aider à vous former », </I>souligne Kevin Zang, qui est conscient des difficultés d’adaptation des jeunes salariés au monde du travail. 
<P>Même si la situation économique s’améliore, il reste nécessaire que les pouvoirs publics continuent d’assister les jeunes dans l’amélioration de leurs compétences et la préparation de leur carrière. C’est par ce biais, en encourageant l’entreprenariat et en cultivant les qualités adaptées à un monde du travail de plus en plus compétitif, que l’Etat peut aider les jeunes à grandir et à réaliser leurs rêves professionnels. ■ 
<P>Taux de chômage en fonction du niveau d’éducation 
</P>
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<P>Source: ministère de la Comptabilité nationale et des Statistiques </P>
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<P>NB: Taiwan n’est pas membre de l’OCDE. Taux publiés en mars 2008. Sources : ministère de la Comptabilité nationale et des Statistiques et site Internet de l’OCDE. </P></p>
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